Prise en charge des troubles dys grâce aux outils numériques

Les dysorthographies

FondamentalObjectifs

Cette partie doit vous aider à :

  • définir les principales caractéristiques des dysorthographies ;

  • identifier les principaux indicateurs des dysorthographies.

DéfinitionLa dysorthographie

On désigne par dysorthographie un trouble durable, sévère et persistant de l'acquisition et de la maîtrise de l'orthographe. Pour Pouhet ( 2011[1]), les dysorthographies peuvent être isolées ou être des troubles secondaires. Les dysorthographies , malgré leurs comorbidités[2] fréquentes avec les troubles dys, sont moins étudiées que ces troubles, pour plusieurs raisons.

  • La maîtrise de l'orthographe est une compétence socialement valorisée dont l'acquisition est entièrement confiée à l'univers scolaire ;

  • La compétence orthographique, nécessairement en lien avec la lecture et l'écriture, est en général analysée selon des critères propres à l'univers scolaire :

    • nécessité de lire pour améliorer son orthographe,

    • nécessité de se concentrer ( voir les erreurs dites "d'inattention") ,

    • nécessité de travailler voire d'apprendre et d'appliquer "bêtement" (!) des règles.

Une telle approche peut expliquer que les dysorthographies n'aient été que récemment identifiées comme des troubles du langage écrit.

ComplémentF81 Troubles spécifiques du développement des acquisitions scolaires

La CIM-10[3] classe les dysorthographies dans la catégorie Trouble spécifique de l'acquisition de l'orthographe (F81.1)

« La caractéristique essentielle est une altération spécifique et significative du développement des performances en orthographe, en l'absence d'antécédents d'un trouble spécifique de la lecture et non imputable à un âge mental bas, à des troubles de l'acuité visuelle, ou à une scolarisation inadéquate. Les capacités à épeler oralement et à écrire correctement les mots sont toutes deux affectées. »

Cependant la classification de l'OMS[4] exclut des troubles spécifiques de l'acquisition de l'orthographe les difficultés d'orthographe associées à un trouble de lecture ( trouble secondaire). Cela laisse supposer qu'il existerait une forme de dysorthographie primaire sans autre trouble dys.

La maîtrise de l'orthographe, une compétence complexe

La gestion de l'orthographe demande de retrouver mentalement tous les signes nécessaires, phonologiques[5] ou morphologiques à la transcription d'un mot et de gérer simultanément le geste de transcription (former les lettres lisiblement et rapidement). L'orthographe est plus difficile que la lecture qui s'accommode d'un prélèvement plus global des indices.

Le respect des règles d'orthographe met alors le scripteur[6] en situation de tâches multiples ( double voire triple tâche[7]) : transcrire, se relire, gérer mentalement les règles.

Par ailleurs, lorsqu'on graphie du français, on écrit plus de signes que de sons (présence de marques muettes, de doubles consonnes, etc.) et on doit simultanément respecter des formes fixes alors que la prononciation peut être variable. Il faut donc à la fois connaître les règles de transcription des sons et leurs variantes et connaître les marques morphologiques muettes.

Pour orthographier efficacement, il faut en outre avoir automatisé ces procédures, c'est-à-dire pouvoir prélever directement en mémoire le mot sous sa forme correcte avant de l'accorder si nécessaire ou reconstruire une graphie en s'appuyant sur un ou des mots proches qui servent de matrice de transcription.

Exemple

"Obnubilé" est fréquemment graphié, même par des scripteurs[6] sans difficultés particulière, " omnubilé" à cause de la prononciation qui efface le "b"

"bouleverser" est fréquemment graphié "boulverser" à cause de l'effacement du "e" à l'oral.

Indicateurs de dysorthographies

Les scripteurs[6] débutants rencontrent tous des difficultés de gestion du geste qui déclenche lenteur et défauts de qualité, mais aussi des difficultés de sélection des transcriptions adaptées faute de disposer d'un stock lexical suffisant combinées à la difficulté de maintenir en mémoire les unités, qui peuvent être longues, le temps nécessaire à leur transcription.

Les dysorthographies se caractérisent par une accumulation et un maintien de 4 grands types de difficultés malgré le temps consacré à l'apprentissage :

  • erreurs qui affectent la forme phonologique[5] du mot (lettres oubliées, inversées, substitution de sons proches, de mots proches, erreurs sur les graphies complexes comme" oin", "gn"...) ;

  • erreurs d'homophones ("à/a", "son/sont...) et de découpage des unités ("le len de main", "un navion"...) ;

  • Confusions de marques morphologiques ( "ils achètes" au lieu de " ils achètent", "les plantent" au lieu de "les plantes") et syntaxiques (utilisation des pronoms, des temps verbaux etc.) ;

  • Troubles de la mémorisation lexicale touchant même les mots les plus fréquents et provoquant des transcriptions différentes pour un même mot dans une même production.

  1. Pouhet, A. (2011)

    Pouhet, A. (2011). S'adapter en classe à tous les élèves dys : dyslexies, dyscalculies, dysphasies, dyspraxies... [Poitiers]: SCÉRÉN-CNDP-CRDP de Poitou-Charentes.

  2. Comorbidité

    "Association de deux maladies, psychiques ou physiques, fréquemment observée dans la population (sans causalité établie, contrairement aux complications)."

    (source Larousse, consultée le 06/11/15)

  3. CIM-10 : Classification Internationale des Maladies de l'Organisation Mondiale de la Santé-10ème révision

  4. OMS : Organisation Mondiale de la Santé

  5. Lexique

    "La phonologie est la branche de la linguistique qui étudie l'organisation des sons au sein des différentes langues naturelles. "

    (source Wikipédia, consultée le 06/11/2015)

  6. Scripteur

    "Émetteur d'un message écrit"

    (source Larousse, consultée le 09/11/15)

  7. Double tâche

    "Lorsqu'on doit conduire deux ou plusieurs taches simultanément ..., il est nécessaire qu'au moins une des tâches soit automatisée pour permettre leur réalisation dans de bonnes conditions. Si aucune des deux tâches n'est automatisée (ne peut se dérouler sans contrôle attentionnel ou ne réclame que très peu de contrôle) les deux tâches sont ratées ( alors que chacune, séparément, aurait pu être conduite de façon satisfaisante)"

    (Mazeau et al., L'enfant dyspraxique et les apprentissages coordonner les actions thérapeutiques et scolaires, p.20)

  8. Mazeau, M., Le Lostec, C., & Lirondière, S. (2010)

    Mazeau, M., Le Lostec, C., & Lirondière, S. (2010). L'enfant dyspraxique et les apprentissages coordonner les actions thérapeutiques et scolaires. Issy-les-Moulineaux: Elsevier Masson.

  9. Ramond, F. (2012)

    Ramond, F. (2012). Dire, lire, écrire, compter au quotidien. Dijon: CRDP de l'académie de Dijon.

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