Prise en charge des troubles dys grâce aux outils numériques

Les troubles dys

FondamentalObjectifs

Cette partie doit vous aider à :

  • définir la notion de trouble dys ;

  • définir la notion de trouble secondaire ;

  • définir les principaux troubles dys :

    • Les dysphasies,

    • Les dyslexies,

    • Les dyspraxies,

    • Les dysorthographies,

    • La dysgraphie,

    • Les dyscalculies.

Définitionles troubles dys

Le préfixe « dys- » vient du grec δυσ qui exprime « la difficulté, le mal, le manque ». Les troubles dys se caractérisent par une difficulté d'accès à des compétences considérées comme fondamentales à l'école (lire, écrire, compter), et ce, malgré un apprentissage adéquat.

Les troubles dys sont caractérisés par l'absence de causes externes ( pathologie primaire, condition sociale, lésion, etc.), sinon on utilise le terme de troubles secondaires. Pour l'enseignant la différence entre un trouble primaire et un trouble secondaire n'est pas pertinente, les adaptations seront similaires pour un trouble dys primaire ou un trouble secondaire. Toutefois, l'existence d'une cause primaire ( troubles envahissant du développement, trisomie, accident vasculaire cérébral, lésion,etc.) font que les troubles secondaires s'inscrivent, en règle général, dans des contextes à prendre en charge de façon plus globale.

Sauf dans le cas des dyslexies, la recherche est relativement récente dans ce domaine et les troubles dys sont encore assez mal connus et assez mal définis.

Cette difficulté à appréhender les troubles dys est aggravée par trois points :

  • les troubles dys sont des handicaps invisibles, donc difficilement accessibles à l'autre ;

  • les troubles dys se caractérisent par une atteinte d'un domaine spécifique, mais avec une intelligence préservée dans les autres domaines (les dyslexies n'empêchent pas l'accès au langage oral), ce qui renforce l'idée d'une forme de paresse ;

  • les troubles dys ne se caractérisent généralement pas par une impossibilité complète, mais par une "entrave à l'accès à". L'élève souffrant de trouble dys peut, sous certaines conditions (stratégies de contournement, tâches basiques, notamment) compenser une partie de son trouble, ce qui renforce l'idée de mauvaise volonté.

Les troubles dys sont clairement des troubles, ce qui nécessite des prises en charge spécialisées articulant les actions thérapeutiques et les adaptations scolaires.

AttentionOui, mais s'il s'entraîne...

L'idée de faire plus pour s’entraîner, et ainsi mieux réussir, ne fonctionne pas chez les élèves porteurs de troubles dys. Il est improductif de faire "Toujours plus de la même chose qui ne marche pas" ( Paul Watzlawick cité par Mazeau et al., 2010, p.3)[1], mais bien de proposer "autre chose". Les troubles dys ne résultent pas d'un déficit d'apprentissages ou de travail, mais bien d'un décalage avec les apprentissages normalement acquis à cet âge et d'une difficulté à développer des compétences par les modalités d'apprentissages usuelles. Il est nécessaire d'envisager la prise en charge de façon globale, en relation avec les spécialistes qui suivent l'élève.

Les dys dans le détail

Les dys sont donc résistants aux rééducations et nécessitent une prise en compte spécifique lors des apprentissages.

Nous considérerons trois troubles primaires :

  • Les dysphasies : trouble du langage oral

  • Les dyslexies : troubles du langage écrit

  • Les dyspraxies ( ou trouble de l’acquisition de la coordination): troubles moteurs touchant la planification du geste.

Ces trois troubles dys peuvent être accompagnés de troubles secondaires :

  • Les dysorthographies

  • La dysgraphie

  • Les dyscalculies

Ces troubles secondaires sont encore appelés troubles dys- par abus de langage, car leur existence en temps que trouble primaire n'est pas encore formellement établie, et fait encore l'objet de débats.

DéfinitionDéfinition des dys

Pour Pouhet ( 2011, p.66[2]), les dys peuvent être définis de la façon suivante :

Points clés des vocables en dys (Pouhet, 2011, p.66)

Vocable

Définition

Dysphasie

Trouble grave structurel de l'élaboration du langage

Dyslexie

Trouble grave dans l'apprentissage de la lecture

Dyspraxie

Trouble grave structurel du développement des gestes appris

Dysorthographie

Difficulté sévère de l'automatisation des règles d'orthographe [propres au français]

Dysgraphie

Difficulté pathologique dans la réalisation de l'écriture manuelle

Dyscalculie

Retard hors normes dans la mise en place de la numération et des habiletés arithmétiques

Ces définitions peuvent varier d'un auteur à l'autre, nous nous référerons à celles-ci pour la suite de la formation.

Remarque

Cette classification est arbitraire, et elle ne fait pas forcément de consensus aujourd'hui. Nous avons donc opéré un choix destiné à faciliter l'accès à la formation, mais dont la valeur scientifique peut-être contestée par certains courants scientifiques.

ComplémentCIM -10

La Classification Internationale des Maladies ( CIM -10[3] ou ICD -10 en anglais) publiée par l'OMS,[4] cherche à répertorier les maladies au niveau mondial. Elle classe les troubles dys dans les troubles du développement psychologique. Ces troubles sont classés ensemble, car ils "ont en commun :

a) un début obligatoirement dans la première ou la seconde enfance;

b) une altération ou un retard du développement de fonctions étroitement liées à la maturation biologique du système nerveux central; et

c) une évolution continue sans rémissions ni rechutes.

Dans la plupart des cas, les fonctions atteintes concernent le langage, le repérage visuospatial et la coordination motrice. Habituellement, le retard ou le déficit était présent dès qu'il pouvait être mis en évidence avec certitude et il diminue progressivement avec l'âge (des déficits légers peuvent toutefois persister à l'âge adulte)."

Classification des troubles dys et associés dans le CIM-10

Classe

catégorie

troubles

Définition de la CIM-10

F80 Troubles spécifiques du développement de la parole et du langage

F80.1 Trouble de l'acquisition du langage, de type expressif

Dysphasie ou aphasie de développement, de type expressif

« Trouble spécifique du développement dans lequel les capacités de l'enfant à utiliser le langage oral sont nettement inférieures au niveau correspondant à son âge mental, mais dans lequel la compréhension du langage se situe dans les limites de la normale. Le trouble peut s'accompagner ou non d'une perturbation de l'articulation. »

Trouble de l'acquisition du langage, de type réceptif

Dysphasie ou aphasie de développement, de type réceptif

« Trouble spécifique du développement dans lequel les capacités de l'enfant à comprendre le langage sont inférieures au niveau correspondant à son âge mental. En fait, dans la plupart des cas, le versant expressif est, lui aussi, nettement altéré et il existe habituellement des perturbations de l'articulation. »

F81 Troubles spécifiques du développement des acquisitions scolaires

F81.0

Trouble spécifique de la lecture

Dyslexie de développement

« La caractéristique essentielle est une altération spécifique et significative de l'acquisition de la lecture, non imputable exclusivement à un âge mental bas, à des troubles de l'acuité visuelle ou à une scolarisation inadéquate. Les capacités de compréhension de la lecture, la reconnaissance des mots, la lecture orale et les performances dans les tâches nécessitant la lecture, peuvent, toutes, être atteintes. Le trouble spécifique de la lecture s'accompagne fréquemment de difficultés en orthographe, persistant souvent à l'adolescence, même quand l'enfant a pu faire quelques progrès en lecture. Les enfants présentant un trouble spécifique de la lecture ont souvent des antécédents de troubles de la parole ou du langage. Le trouble s'accompagne souvent de troubles émotionnels et de perturbations du comportement pendant l'âge scolaire. »

F81.1

Trouble spécifique de l'acquisition de l'orthographe

Retard spécifique de l'orthographe (sans trouble de la lecture)

« La caractéristique essentielle est une altération spécifique et significative du développement des performances en orthographe, en l'absence d'antécédents d'un trouble spécifique de la lecture et non imputable à un âge mental bas, à des troubles de l'acuité visuelle, ou à une scolarisation inadéquate. Les capacités à épeler oralement et à écrire correctement les mots sont toutes deux affectées. »

F81.2

Trouble spécifique de l'acquisition de l'arithmétique

Acalculie de développement

Trouble de l'acquisition de l'arithmétique

« Altération spécifique des performances en arithmétique, non imputable exclusivement à un retard mental global ou à une scolarisation inadéquate. L'altération concerne la maîtrise des éléments de base du calcul: addition, soustraction, multiplication et division (c'est-à-dire, n'est pas limitée aux capacités mathématiques plus abstraites impliquées dans l'algèbre, la trigonométrie, la géométrie ou le calcul différentiel et intégral). »

F81.3

Trouble mixte des acquisitions scolaires

« Catégorie résiduelle mal définie de troubles dans lesquels il existe à la fois une altération significative du calcul et de la lecture ou de l'orthographe, non imputable exclusivement à un retard mental global ou une scolarisation inadéquate. Cette catégorie doit être utilisée pour des troubles répondant à la fois aux critères de F81.2 et de F81.0 ou de F81.1. »

F81.8

Autres troubles du développement des acquisitions scolaires

Trouble de l'acquisition de l'expression écrite

« Trouble de l'acquisition de l'expression écrite »

F82 Trouble spécifique du développement moteur

Dyspraxie de développement

Trouble de l'acquisition de la coordination

« Altération sévère du développement de la coordination motrice, non imputable exclusivement à un retard mental global ou à une affection neurologique spécifique, congénitale ou acquise. Dans la plupart des cas, un examen clinique détaillé permet toutefois de mettre en évidence des signes traduisant une immaturité significative du développement neurologique, par exemple des mouvements choréiformes des membres, des syncinésies d'imitation, et d'autres signes moteurs associés, ainsi que des perturbations de la coordination motrice fine et globale. »

Attention

Pour l'OMS[4], les troubles dys ne se guérissent pas, même s'il peuvent s'atténuer avec l'âge.

RemarqueCIM-10 ou DSM V ?

Vous pouvez voir que les approches de la CIM-10[3] (ci-dessus) et du DSM V[5] ( voir cette page) sont sensiblement différentes. Notre but n'est pas ici de trancher en faveur d'une classification ou l'autre, mais bien de collecter les informations les plus pertinentes pour mieux comprendre les troubles dys. Nous nous appuierons donc sur les deux classifications dans la mesure ou elles ne sont pas réellement antinomiques. Dans ces classifications les termes dys ne sont pas forcément réutilisés, ce qui induit encore de la confusion.

DéfinitionA- ou dys- ?

Parfois, on rencontre le préfixe a- ( acalculie ; alexie, etc.) comme synonyme de dys- (dyscalculie, dyslexie), il existe cependant quelques différences importantes :

  • les a- se caractérisent, normalement, par une incapacité plus ou moins complète, un empêchement. Dans la littérature, ils regroupent, en général, les troubles consécutifs à une atteinte cérébrale.

  • les dys- sont normalement d'ordre développemental, c'est-à-dire que l'imagerie cérébrale ne met normalement pas en évidence de lésions des aires cérébrales concernées. Certains auteurs n'hésitent pas à rappeler le caractère développemental en utilisant les termes dyspraxie développementale, ou dyslexie développementale.

Pour la suite, nous nous concentrerons sur les élèves porteurs de troubles dys, mais il n'est pas inutile de tester les pistes de travail pour les élèves porteurs de troubles "a-"

Attention

Il en va des élèves porteurs de dys comme des autres individus, ils sont tous différents. Ils peuvent être plus ou moins touchés, ils peuvent compenser plus ou moins facilement leur handicap. Enfin, ils peuvent être atteints de plusieurs dys. On ne donc peut pas généraliser le comportement d'un élève dyslexique à d'autres élèves dyslexiques, pas plus qu'on peut généraliser le comportement d'un élève à un autre élève.

  1. Mazeau, M., Le Lostec, C., & Lirondière, S. (2010)

    Mazeau, M., Le Lostec, C., & Lirondière, S. (2010). L'enfant dyspraxique et les apprentissages coordonner les actions thérapeutiques et scolaires. Issy-les-Moulineaux: Elsevier Masson.

  2. Pouhet, A. (2011)

    Pouhet, A. (2011). S'adapter en classe à tous les élèves dys : dyslexies, dyscalculies, dysphasies, dyspraxies... [Poitiers]: SCÉRÉN-CNDP-CRDP de Poitou-Charentes.

  3. CIM-10

    Organisation mondiale de la santé (2015) Classification internationale des maladies, consultée le 1/10/2015 à http://apps.who.int/classifications/icd10/browse/2016/en

  4. OMS : Organisation Mondiale de la Santé

  5. American Psychiatric Association (2013).

    American Psychiatric Association (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders: DSM-5 (5th ed). Washington, D.C: American Psychiatric Association.

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